L'hôtel de Rougé

38 Rue de Paris, 03000 Moulins, France

L'hôtel de Rougé | Théâtres de Bourbon

C’est en 1776 qu’Antoine de Vic de Pontgibaud et son épouse font construire un hôtel particulier par l’architecte moulinois Joseph Evezard. Dans les années 1820, l’hôtel est acquis par Marc des Bravards d’Eyssat, comte du Prat, qui y apporte les éléments du confort moderne qu’offre ce début de XIXe siècle. À partir de 1847, sa veuve achète les parcelles voisines, ajoutant à sa propriété non seulement de nouveaux bâtiments mais surtout leurs terrains : jardins des hôtels sur la rue de Paris ou potagers des fonds de parcelle. Pour aménager cet ensemble, définitivement constitué au début des années 1850, Mme du Prat confie à des paysagistes qui comptent parmi les plus renommés du temps le soin de créer un parc urbain bien plus vaste que le jardin français initial de Vic de Pontgibaud et conçu dans le goût anglais qui s’est alors imposé. Le comte Paul de Lavenne de Choulot, très actif et très demandé à l’époque dans les grandes propriétés du centre de la France, en revendique la paternité dans son Art des jardins (1863). La propriété se transmet dans la famille jusqu’à la fin des années 2010. Mme de Rougé fait procéder en 1968 à une première inscription à l’Inventaire supplémentaire des Monuments historiques. Ses enfants, qui y demeurent à leur tour jusqu’à la fin de leur vie, poursuivent cette démarche de préservation en faisant inscrire l’ensemble de l’hôtel et du parc en 2009. Les concepteurs du parc ont relevé le défi de concentrer dans l’enceinte fermée d’un jardin privé urbain les principes de leur théorie du paysage : disparition des limites, ouverture sur le lointain… Le jardin, tel qu’il nous est parvenu, garde très lisible – moyennant, il est vrai, un important travail de mise en sécurité et de dégagement réalisé ces dernières années – le tracé caractéristique de sa conception, ponctué de quelques arbres exceptionnels qui ont traversé près de deux siècles. Les deux bâtiments s’ouvrent désormais par leurs cours sur le parc qui les a réunis et témoignent, chacun dans le style de son époque, du développement urbain et architectural qu’ont connu les faubourgs de Moulins aux XVIIe et XVIIIe siècles. Une restauration de longue haleine a été engagée, dans un souci de transmettre sans le trahir l’esprit miraculeusement préservé de ce vaste ensemble.